Nous ne pensions pas si bien dire. .. Soudain le chat de Madame Huant se réveille en sursaut, sa maîtresse a bondi de son siège en direction des toilettes, mais la porte a claqué si vite que notre animal favori est resté prisonnier.

A la limite du plus profond désespoir, il médite sur le célèbre vers de Mallarmé : La chair est triste, et j’ai lu tous les livres. Eh oui, pas de minette, et peut-être plus jamais à cause d’un certain coup de pied, il voudrait bien avoir lu tous les livres, un jour, Madame Huant en a acheté un pour caler le pied boiteux de sa table, sinon, rien. Pensées trop tristes. Son regard désabusé erre sur le versant de la montagne de boîtes : carottes en tronçons, petits pois et pois chiches, haricots verts, jaunes, en grains, en sauce, choux de Bruxelles, de Nancy, choucroute d’Alsace. Une vérité effrayante parcourt son esprit, envahit son âme et glace son corps endolori. Des légumes, des légumes et des légumes. Rien pour lui. Il ne va tout de même pas manger ces horreurs  avec du yaourt ou du munster. Madame Huant l’a oublié. Il va mourir, oui, mourir d’inanition et son corps sera jeté dans les poubelles publiques. Non, non et non.

La moutarde lui monte au nez. Et justement, il voit un pot de ce condiment. Il lisse et ajuste les moustaches, dresse la queue, hérisse le poil, fait jaillir un miaulement strident et une griffe de fauve, il donne un coup de patte et le pot explose sur le sol. Un coup par ci sur un paquet de riz, un autre par là sur un sachet de lentilles, et encore un, et encore un. Un ruisseau de féculents glisse sur le sol avec une harmonie de couleurs qui serait du plus bel effet si la colère et un essaim de mites ne venaient pas troubler la vue de notre chat. Un bond sur le côté envoie enfin la colonne de papier hygiénique contre la montagne de légumes qui s’effondre dans le fracas de la tôle froissée. C’est l’apocalypse.

Madame Huant accourt. Tout en glissant et exécutant un magnifique salto sur un morceau de fromage, elle donne un coup de pied sur… Oui, vous avez hélas compris, et notre chat s’enfuit sous une volée d’imprécations qui le poursuivent jusqu’au milieu de la rue : il est un suppôt de Satan, il a le diable au corps, qu’il aille au diable Vauvert. Vous avez compris, Madame Huant fait un foin de tous les diables.

Il est enfin libre, il constate qu’une certaine partie de son anatomie déjà cruellement affectée grossit à vue d’œil en se parant d’une belle couleur entre l’écarlate et le cramoisi ; mais, les émotions l’ayant fatigué, il décide de profiter du beau soleil de printemps pour aller s’allonger sur le bitume chaud de la route déserte.

Écrit par : Gudule

Voir aussi :

Suite => Épisode 6

Le regard du chat de Madame Huant en ce printemps 2020 (épisode 1)
Le Chat de Madame Huant (épisode 2)
Le Chat de Madame Huant (épisode 3)
Le Chat de Madame Huant (épisode 4)

 

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